Alimentation, mouvement, respiration, émotions : penser la santé dans sa globalité
Retour sur la conférence d’Anthony Berthou, organisée par l’ALAC à Carquefou, le mercredi 14 octobre 2026.
Hier soir, j’ai assisté à une conférence animée par Anthony Berthou, nutritionniste, enseignant et conférencier, organisée par l’ALAC de Carquefou.
Vous connaissez peut-être déjà son nom. Il intervient régulièrement comme chroniqueur dans l’émission On va déguster, présentée par François-Régis Gaudry sur France Inter, et il est nutritionniste-référent chez Yuka depuis la création de l’application. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la nutrition, à la santé, à l’écologie et à la nutrition sportive.
Pourquoi son approche m’a-t-elle particulièrement intéressée ? Parce qu’elle est systémique. Et c’est précisément ainsi que j’envisage la santé dans ma propre pratique.
Mais que signifie concrètement une approche systémique de la nutrition ?
C’est considérer que l’alimentation ne peut pas être pensée indépendamment du fonctionnement global de notre organisme, de notre mode de vie et de notre environnement. Digestion, métabolisme, système nerveux, immunité, activité physique, sommeil, émotions… Tout interagit.
Cette conférence m’a donné envie de revenir sur plusieurs éléments qui m’ont particulièrement marquée et qui font écho à une conviction profonde : pour prendre soin de notre santé, nous devons apprendre à regarder les liens entre les différents aspects de notre vie, plutôt que de les considérer séparément.
1. Pourquoi mangeons-nous ?
Pour apporter à notre organisme l’énergie et les nutriments dont il a besoin, bien sûr. Mais est-ce vraiment tout ? Manger, c’est aussi se retrouver autour d’une table, partager un moment, éprouver du plaisir, transmettre une culture et entretenir des liens... L’alimentation est à la fois biologique, sensorielle, émotionnelle, sociale et culturelle.
Cette dimension est importante, car elle nous invite à sortir d’une vision exclusivement centrée sur les calories, les nutriments ou le poids. La santé ne se résume pas à ce que nous mangeons. Elle dépend aussi de la manière dont nous vivons, de notre environnement et des équilibres que nous parvenons à préserver au quotidien.
L'alimentation, un enjeu majeur de santé publique...
Les chiffres évoqués pendant la conférence rappellent l’importance de ces questions. Une étude publiée dans The Lancet en 2019 estimait que les facteurs de risque alimentaires étaient associés à environ 11 millions de décès dans le monde en 2017, soit près d’un décès sur cinq.
Parmi les facteurs mis en évidence figuraient notamment un apport trop élevé en sodium et des apports insuffisants en céréales complètes, en fruits, en noix et en graines.
Ces données ne signifient pas qu’un aliment particulier serait responsable, à lui seul, d’une maladie. Elles soulignent plutôt le poids des habitudes alimentaires à l’échelle d’une population.
Les conséquences possibles d’une alimentation déséquilibrée dépassent d’ailleurs largement la question du poids : troubles métaboliques, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, mais aussi interactions possibles avec la santé cérébrale et psychique...
Notre organisme ne fonctionne pas par compartiments étanches. Les déséquilibres peuvent se répondre, s’entretenir et parfois se renforcer mutuellement.
Génétique et mode de vie : quelle place pour chacun ?
La génétique compte, mais elle ne détermine pas à elle seule notre devenir. Notre environnement et nos habitudes de vie peuvent influencer l’expression de certains gènes : c’est notamment ce qu’étudie l’épigénétique.
Cela ne signifie pas que nous maîtrisons tout, ni que les maladies seraient simplement le résultat de mauvais choix individuels. En revanche, cela nous rappelle que notre mode de vie constitue un levier important, parmi d’autres, pour préserver notre santé.
Nous ne choisissons pas tout ce qui nous arrive, mais nous pouvons parfois agir sur certains facteurs qui influencent notre équilibre.
2. Sortir des idées reçues : aucun aliment ne raconte toute l'histoire
La conférence a également permis de questionner plusieurs croyances autour de l’alimentation. Le saumon est-il forcément un aliment idéal pour la santé ? Le bio est-il toujours meilleur ? Faut-il supprimer le gluten, le lactose ou la viande ? Les œufs doivent-ils être limités à quelques unités par semaine ?
Ces questions montrent à quel point nous cherchons souvent des réponses simples à des sujets complexes.
Prenons le saumon. Il apporte notamment des oméga-3, mais sa provenance et ses conditions de production méritent aussi d’être prises en compte. La qualité nutritionnelle d’un aliment ne constitue pas l’unique critère pour évaluer sa pertinence.
Même constat pour les produits biologiques. Un biscuit ou des chips bio restent des aliments dont la composition nutritionnelle doit être examinée. Le label biologique ne transforme pas automatiquement un produit en aliment équilibré.
À l’inverse, il serait réducteur de considérer que tous les aliments transformés ou tous les aliments d’origine animale présentent les mêmes caractéristiques.
L’essentiel est de prendre du recul, de comprendre ce que nous consommons et de replacer chaque aliment dans l’ensemble de nos habitudes.
Quelques repères à retenir...
Parmi les pistes abordées pendant la conférence :
- Privilégier des aliments peu transformés et diversifiés.
- Donner une place importante aux légumes, crus et cuits, aux fruits, aux légumineuses et aux céréales complètes.
- Varier les sources de protéines, en intégrant notamment les lentilles et autres légumineuses, les œufs et les poissons.
- Accorder une attention particulière à la qualité des matières grasses, en variant les huiles adaptées aux usages et en conservant correctement les huiles les plus fragiles.
- Limiter les excès de sel et la consommation régulière de boissons sucrées.
- Ne pas supprimer arbitrairement des catégories d’aliments sans raison adaptée à sa situation.
Le régime sans gluten, sans lactose ou l’exclusion de certains aliments peut être justifié dans des situations précises. Mais la restriction alimentaire ne devrait pas devenir une mode ni une réponse automatique à chaque inconfort.
Il ne s’agit pas de trouver un régime parfait, mais de construire une alimentation adaptée à ses besoins, diversifiée et durable dans le temps.
3. Notre alimentation a aussi un impact sur l'environnement
Autre dimension importante de la conférence : les liens entre santé humaine et santé de la planète.
Nos choix alimentaires ont des conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation des terres, la biodiversité, les ressources naturelles et les conditions de production. Il serait toutefois trop simpliste de réduire cette question à une opposition entre aliments d’origine animale et aliments végétaux.
Les modes de production, l’agriculture intensive, les intrants utilisés, le transport, les conditions de travail et le gaspillage alimentaire entrent également en jeu.
L’exemple du cadmium, évoqué pendant la conférence, illustre bien ces interactions. Ce métal présent naturellement dans l’environnement peut se retrouver dans les sols agricoles et contaminer certaines cultures. Les engrais phosphatés peuvent notamment contribuer à cette contamination lorsqu’ils contiennent du cadmium.
La question n’est donc pas seulement de savoir si un aliment est bon pour notre organisme, mais aussi comment il a été produit et avec quelles conséquences.
Le bio : une question à plusieurs dimensions
L’agriculture biologique présente notamment un intérêt en matière de réduction de l’exposition aux pesticides de synthèse. Mais les différences nutritionnelles entre produits biologiques et conventionnels sont plus complexes et ne peuvent pas être généralisées à tous les aliments.
La composition des végétaux dépend de nombreux paramètres : variété, sol, climat, maturité, pratiques agricoles et conditions de conservation.
La conférence a également abordé les polyphénols, des composés naturellement présents dans de nombreux végétaux et étudiés pour leurs effets potentiels sur la santé.
Cela nous invite à nous intéresser à la diversité et à la qualité de ce que nous mangeons, sans faire d’un label une garantie absolue.
Autre point de vigilance : le gaspillage alimentaire. Produire des aliments qui ne seront finalement pas consommés mobilise inutilement des ressources et génère des émissions.
Prendre soin de notre santé et préserver notre environnement sont deux préoccupations qui peuvent se rejoindre. Cela suppose cependant de regarder l’ensemble du système alimentaire plutôt que de chercher une solution unique.
4. Les aliments ultra-transformés : quand la facilité prend le dessus
La conférence a également attiré l’attention sur la place croissante des aliments ultra-transformés dans notre alimentation. Ces produits, souvent formulés industriellement, peuvent associer de nombreux ingrédients et additifs destinés à modifier leur goût, leur texture, leur conservation ou leur facilité de consommation.
La question ne se limite pas à leur teneur en sucre, en sel ou en matières grasses. Leur structure, leur densité énergétique et la manière dont ils sont consommés entrent également en jeu.
Les boissons sucrées constituent un exemple parlant : elles peuvent apporter rapidement des quantités importantes de sucres sans procurer la même satiété qu’un aliment solide.
Une consommation excessive et répétée de sucres ajoutés peut contribuer à des déséquilibres métaboliques. Dans certaines conditions, une consommation élevée de fructose provenant notamment de boissons sucrées peut aussi favoriser l’accumulation de graisses dans le foie.
Il est important de distinguer ce fructose des sucres naturellement présents dans les fruits entiers, qui apportent également de l’eau, des fibres et différents micronutriments.
L’enjeu n’est pas de diaboliser un produit ni de culpabiliser à chaque écart. C’est de comprendre ce qui se joue lorsque ces aliments prennent une place importante et répétée dans notre quotidien.
Pourquoi est-il parfois si difficile de modifier nos habitudes ?
Parce que notre environnement nous pousse souvent à choisir la facilité : manger rapidement, rester assis, limiter nos déplacements, solliciter notre attention en permanence.
Or, notre organisme a besoin de mouvement, de récupération, de lumière naturelle et de rythmes suffisamment réguliers. L’alimentation n’est donc qu’une partie de l’équation.
5. Bouger : une nécessité qui dépasse la pratique sportive
Un point m’a particulièrement interpellée : pratiquer une activité sportive ne suffit pas nécessairement à compenser une journée entière passée assis.
La sédentarité et l’inactivité physique sont deux notions différentes. On peut pratiquer un sport régulièrement tout en passant une grande partie de la journée en position assise.
Le mouvement ne devrait donc pas être cantonné à une séance de sport hebdomadaire ou à une heure d’exercice. Marcher, prendre les escaliers, jardiner, se déplacer à vélo, se lever régulièrement, mobiliser ses articulations : autant de façons de réintroduire du mouvement dans la vie quotidienne.
L’activité physique contribue au maintien des capacités musculaires et cardiovasculaires, à la régulation métabolique et au bien-être psychologique.
Il ne s’agit pas nécessairement d’en faire toujours plus, ni de rechercher la performance. Il s’agit surtout de retrouver une activité régulière, adaptée à ses possibilités, et de limiter les longues périodes d’immobilité.
Cette idée rejoint une réflexion plus large : prendre soin de sa santé ne consiste pas seulement à réserver quelques moments à cette intention. C’est aussi transformer progressivement certains gestes du quotidien.
6. La santé fonctionne comme un système : les quatre piliers de la chaise
C’est probablement le point qui fait le plus écho à ma propre pratique. L’alimentation, le mouvement, la respiration et l’équilibre émotionnel sont souvent abordés séparément. Pourtant, ils interagissent en permanence.
Une période de stress prolongé peut perturber le sommeil, modifier l’appétit, influencer la digestion et réduire l’envie de bouger. Un manque de sommeil peut affecter la disponibilité physique et mentale. Une alimentation déséquilibrée et une activité physique insuffisante peuvent contribuer à certains troubles métaboliques.
Ces interactions sont multiples et varient d’une personne à l’autre.
C’est précisément pour représenter cette interdépendance que j’utilise l’image des quatre piliers de la chaise.
Les quatre piliers...
L’alimentation
Elle apporte à notre organisme les nutriments nécessaires à son fonctionnement. Mais elle est aussi liée au plaisir, aux émotions, à la convivialité et à notre environnement.
Le mouvement
Il entretient nos capacités physiques, soutient notre santé métabolique et nous permet de rester en contact avec notre corps et ses sensations.
La respiration
Elle constitue un accès direct à nos sensations corporelles et peut nous aider à retrouver des repères lorsque nous sommes sous tension. Apprendre à observer et à moduler sa respiration peut notamment participer à la régulation du stress.
L'équilibre émotionnel
Reconnaître nos émotions, comprendre ce qui les déclenche et apprendre à les traverser autrement peut influencer notre manière de vivre, de dormir, de manger et d’entrer en relation.
Ces quatre dimensions ne sont pas indépendantes. Elles se soutiennent mutuellement.
Lorsque l’un des piliers est fragilisé, les autres peuvent être sollicités davantage. Et si plusieurs sont déséquilibrés en même temps, retrouver un fonctionnement satisfaisant peut demander une approche plus globale.
Il ne suffit donc pas toujours d'agir uniquement sur l'alimentation, de se remettre au sport ou de chercher à mieux gérer son stress. Il peut être nécessaire de considérer les interactions entre ces différents aspects.
C'est cette vision globale qui m'intéresse : comprendre non seulement ce qui ne va pas, mais aussi comment les différents éléments de notre vie interagissent et ce qui peut nous aider à retrouver un meilleur équilibre.
Les quatre piliers de la chaise sont ma manière de représenter cette approche. Ils ne constituent pas un modèle médical validé en tant que tel, mais un repère pour rappeler que notre santé ne se construit pas sur un seul levier.
7. Écouter son corps avant d'arriver à l'épuisement
Un autre enseignement important concerne le temps nécessaire à l’installation des déséquilibres. Nous imaginons parfois la santé comme un interrupteur : nous serions en bonne santé, puis soudainement malades. Or, certains mécanismes évoluent progressivement et peuvent rester longtemps peu perceptibles.
Cela ne signifie pas que toute fatigue ou toute inflammation révèle nécessairement un problème grave. En revanche, des symptômes persistants méritent d’être écoutés et, si nécessaire, évalués par un professionnel de santé.
Le corps s’adapte, parfois longtemps, avant que ses difficultés deviennent évidentes. Il peut donc être utile de ne pas attendre d’être complètement épuisé pour s’interroger sur son rythme de vie, son sommeil, son alimentation, son niveau de stress ou son activité physique.
Cette démarche ne doit pas devenir une nouvelle source de culpabilité. Nous ne sommes pas tous égaux face à la santé. Les conditions de travail, les contraintes familiales, les ressources financières, l’environnement et l’accès à une alimentation de qualité influencent aussi nos possibilités d’action.
L’objectif n’est pas de viser une hygiène de vie parfaite, mais de retrouver des marges de manœuvre et d’identifier les changements réellement accessibles.
Parfois, un ajustement modeste, répété et adapté à sa situation, sera plus bénéfique qu'une succession de bonnes résolutions intenables.
En conclusion : ajouter de la vie aux années...
Je retiens de cette conférence une invitation à élargir notre regard. Au-delà des calories, des régimes, des injonctions à manger mieux ou à faire davantage de sport, il s’agit de considérer la santé comme un ensemble d’interactions entre notre corps, nos habitudes, nos émotions et notre environnement.
Manger mieux ne signifie pas manger parfaitement. Bouger davantage ne signifie pas se dépasser. Prendre soin de ses émotions ne signifie pas devoir tout maîtriser. Il s’agit plutôt d’apprendre à observer, à ajuster, à retrouver des équilibres et à inscrire ces changements dans la durée.
Cette approche systémique rejoint profondément ma conviction : nous ne pouvons pas toujours comprendre ou transformer ce que nous vivons en nous appuyant uniquement sur la réflexion. Notre corps, nos sensations, notre respiration et nos émotions ont aussi leur place dans ce cheminement.
Prendre soin de soi, c’est donc porter attention à toutes ces dimensions, sans les opposer ni les isoler. Car l’objectif n’est pas simplement d’ajouter des années à la vie, mais d’ajouter de la vie aux années : préserver le plus longtemps possible nos capacités physiques, mentales et relationnelles pour continuer à vivre pleinement.
Merci à l’ALAC de Carquefou pour l’organisation de cette conférence, et à Anthony Berthou pour cette réflexion stimulante sur les liens entre alimentation, santé et environnement.

