Comprendre ne suffit pas toujours à changer. Ce que mon parcours m'a appris...
Pendant de nombreuses années, j'ai entrepris un travail d'analyse. Avec quelques interruptions parfois, ce chemin m'a accompagnée pendant plus de 10 ans. Il m'a permis de comprendre mon histoire, de mettre du sens sur certains événements, d'identifier des mécanismes inconscients et des schémas répétitifs. Ce travail a été précieux...
Pourtant, au bout de quelques années, un constat s'est imposé à moi : malgré toutes ces compréhensions, je ne savais presque rien de mon corps.
Je ne connaissais pas le fonctionnement du système nerveux autonome. Je n'avais jamais entendu parler de l'importance du nerf vague, de la régulation du stress, du rôle de la respiration ou encore de la manière dont les émotions s'expriment physiologiquement.
Je comprenais les causes de certaines de mes réactions. Mais je ne savais pas comment les réguler.
Quand la compréhension rencontre ses limites...
Pendant longtemps, j'ai cru que comprendre était synonyme de changer.
Si je comprenais l'origine de mes peurs, de mes comportements ou de mes difficultés, alors ils finiraient naturellement par disparaître.
Or, ce n'est pas toujours ainsi que les choses se passent. On peut savoir exactement pourquoi l'on réagit de telle ou telle manière et continuer à ressentir une anxiété intense dans certaines situations.
On peut avoir identifié les blessures de son histoire et rester malgré tout dans des mécanismes d'hypervigilance, de suradaptation ou d'épuisement.
On peut comprendre et continuer à souffrir. Non pas parce que cette compréhension est inutile.
Mais parce qu'elle ne transforme pas automatiquement les réponses physiologiques qui se sont construites au fil du temps.
Le corps apprend lui aussi
Les recherches en neurosciences et sur le traumatisme ont largement contribué à faire évoluer notre compréhension de ces phénomènes.
Des auteurs comme Antonio Damasio, Stephen Porges, Daniel Siegel* ou d'autres ont montré à quel point nos émotions, notre système nerveux et notre corps participent à notre manière de percevoir le monde et d'y réagir.
Lorsqu'une personne a vécu pendant des années dans le stress, l'insécurité, la pression ou l'adaptation permanente, son organisme développe des réponses automatiques destinées à la protéger.
Ces réponses deviennent parfois si habituelles qu'elles semblent faire partie de notre personnalité.
Pourtant, elles relèvent souvent davantage d'un état du système nerveux que d'un choix conscient.
C'est pourquoi une prise de conscience, aussi importante soit-elle, ne suffit pas toujours à modifier ces automatismes.
Le corps a lui aussi besoin d'apprendre...
Comprendre avec la tête, intégrer avec le corps
Avec les années, j'ai découvert l'importance de ce que l'on appelle aujourd'hui la régulation du système nerveux.
- Apprendre à respirer différemment.
- Développer sa capacité à percevoir ses sensations.
- Identifier les premiers signes de tension ou de surcharge.
- Retrouver des espaces de récupération.
- Réapprivoiser certaines émotions plutôt que les combattre.
Tout cela ne remplace pas le travail de compréhension. Cela vient le compléter car il existe une différence entre savoir et intégrer. Entre comprendre une réalité et pouvoir la vivre autrement.
Pourquoi certaines personnes poursuivent leur chemin thérapeutique
Je rencontre régulièrement des personnes qui ont déjà effectué un travail psychologique important.
Certaines ont suivi une analyse pendant plusieurs années. D'autres ont exploré différentes approches thérapeutiques.
Elles ne viennent pas forcément chercher de nouvelles explications. Souvent, elles cherchent plutôt à retrouver davantage de sécurité intérieure, de souplesse, de présence à elles-mêmes.
À développer des ressources concrètes pour traverser le stress, les émotions ou les périodes de transition.
Non parce que leur parcours précédent était insuffisant. Mais parce que le changement humain est un processus complexe qui mobilise à la fois notre histoire, nos émotions, notre corps et notre système nerveux.
Une approche plus complète de la transformation
Aujourd'hui, je ne crois plus à l'opposition entre compréhension psychologique et approche corporelle.
Je crois à leur complémentarité. La compréhension met de la lumière. L'expérience permet l'intégration.
L'une aide à savoir d'où l'on vient. L'autre aide à vivre différemment ce qui se présente ici et maintenant.
Et c'est souvent dans la rencontre entre les deux que de nouvelles possibilités de transformation émergent.
( * ) Antonio Damasio est Professeur de neurologie et de psychologie ; directeur de l'Institut pour l'étude neurologique de l'émotion et de la créativité (University of Southern California). Il soutient que « l'erreur » de René Descartes était la séparation dualiste de l'esprit et du corps, la rationalité et l'émotion.
Stephen W. Porges est chercheur émérite de l'institut Kinsey, Université d'Indiana, et professeur de psychiatrie à l'Université de Caroline du Nord. Il a développé la théorie polyvagale (TPV), cadre scientifique axé sur la régulation autonome, c'est-à-dire la manière dont le système nerveux autonome adapte en permanence la dynamique physiologique en réponse aux exigences de l'environnement.
Le Dr Daniel J. Siegel est l'un des experts mondiaux du cerveau de l'enfant. Diplômé de l'université Harvard, professeur de psychiatrie à l'université de Los Angeles, codirecteur du Centre de recherches pour la Mindful Awareness et directeur de l'Institut Mindsight, il est l'auteur de nombreux travaux scientifiques. Le modèle du cerveau dans la main de Dan Spiegel nous aide à comprendre ce qui ce passe dans notre cerveau de façon physiologique et certains comportements (exemple la colère) et la manière de les modifier. Le bras et la main représentent le cerveau et mettent en scène les réactions du cerveau face à quelques émotions.

