Mon article n°36

"Il n’y a pas de “petits traumatismes” : pourquoi comparer empêche de guérir?

« Ce n'est pas si grave… »
« D'autres ont vécu bien pire que moi… »
« Je n'ai pas le droit de me plaindre… »

Ce sont des phrases que j'entends très souvent dans mes accompagnements. Des personnes qui souffrent parfois depuis des années minimisent leur vécu parce qu'elles le comparent à celui des autres.

Pourtant, cette comparaison, aussi compréhensible soit-elle, est souvent un obstacle à la guérison.

Oui, certains événements sont des déflagrations psychiques

Une guerre, un attentat, un viol, des violences physiques graves ou certaines catastrophes sont des événements d'une violence extrême. Leur potentiel traumatique est particulièrement élevé.

Mais reconnaître cette réalité ne signifie pas que les autres expériences sont insignifiantes.

Le traumatisme ne dépend pas uniquement de l'événement. Il dépend aussi de la manière dont il a été vécu, de l'âge de la personne, de son histoire, de ses ressources, de la répétition des expériences difficiles et du soutien reçu… ou non.

Deux personnes confrontées à une situation comparable peuvent réagir très différemment. Ce n'est ni une question de faiblesse, ni de volonté, mais de la façon dont leur système nerveux a pu – ou non – intégrer l'expérience.

Les blessures invisibles existent aussi

Une enfance marquée par l'insécurité affective, des humiliations répétées, le harcèlement, la négligence émotionnelle ou un climat familial imprévisible peuvent laisser des traces profondes.

Pris isolément, ces événements paraissent parfois moins spectaculaires. Pourtant, lorsqu'ils s'inscrivent dans la durée, ils peuvent profondément influencer le développement du cerveau, la régulation émotionnelle et le sentiment de sécurité intérieure.

Le système nerveux ne réagit pas seulement aux événements exceptionnels. Il réagit aussi à l'accumulation du stress, à l'impuissance, à la peur et à l'absence de sécurité.

Le corps ne compare pas les souffrances

Notre mental compare. Le système nerveux, lui, ne se demande jamais si quelqu'un d'autre a vécu pire. Il répond à une seule question : « Suis-je en sécurité ? »

Lorsque la réponse est non, il met en place des mécanismes de survie : combattre, fuir, se figer ou se soumettre.

Si l'expérience n'a pas pu être intégrée, ces réactions peuvent persister longtemps après la disparition du danger, se manifestant par de l'hypervigilance, des troubles du sommeil, une anxiété persistante, des difficultés relationnelles ou une sensation d'être coupé de soi.

« D'autres ont vécu pire » : une phrase qui enferme

En minimisant ce que nous avons vécu, nous espérons parfois souffrir moins. Pourtant, c'est souvent l'inverse qui se produit. Combien de personnes repoussent pendant des années l'idée de consulter en se disant :

« Ça va passer. »
« Je devrais m'en sortir seul(e). »
« Ce n'est pas assez grave pour demander de l'aide. »

Pendant ce temps, les symptômes persistent et finissent par impacter la vie personnelle, familiale ou professionnelle. La minimisation entretient le silence et retarde le rétablissement...

Reconnaître pour pouvoir réparer

La première étape n'est pas de revivre son histoire, mais de reconnaître pleinement ce qu'elle a laissé en nous. Non pour s'enfermer dans le rôle de victime. Non pour dramatiser.

Simplement pour cesser de nier l'impact réel que certaines expériences ont eu sur notre cerveau, notre corps et notre système nerveux.

On ne peut pas apaiser une blessure que l'on refuse de regarder.

Légitimer sa souffrance n'est pas s'y résigner. C'est ouvrir la voie à la réparation.

Des approches qui permettent d'avancer...

Le cerveau conserve une grande capacité de changement tout au long de la vie.

Aujourd'hui, des approches validées scientifiquement, comme l'EMDR et d'autres accompagnements psycho-corporels, peuvent aider le cerveau à retraiter les souvenirs traumatiques, restaurer un sentiment de sécurité et sortir progressivement des mécanismes de survie devenus automatiques.

Il ne s'agit pas d'effacer le passé, mais de permettre au cerveau et au corps de ne plus le revivre comme s'il était toujours présent.

En conclusion

La souffrance n'est pas une compétition. Oui, certains événements sont objectivement d'une violence extrême. Mais cela ne rend pas les autres blessures moins réelles.

La véritable question n'est pas : « Est-ce que d'autres ont vécu pire ? »

La véritable question est : « Est-ce que ce que j'ai vécu continue d'avoir un impact sur ma vie aujourd'hui ? » Si la réponse est oui, alors cette souffrance mérite d'être reconnue.

Car ce n'est pas en minimisant un traumatisme que l'on s'en libère, mais en lui donnant enfin la place qu'il mérite et en se faisant accompagner lorsque cela est nécessaire. Reconnaître n'est pas rester prisonnier de son histoire. C'est souvent le premier pas vers la liberté.


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