Le puzzle de la thérapie : comment le travail sur soi prend forme, séance après séance
Le travail sur soi, c’est parfois comme un puzzle...
Quand j’ai décidé - il y a quelques années - de suivre un travail en profondeur, je dois avouer que je me suis posée tout un tas de questions : qui consulter... quel méthode... Il y a plus de 30 ans, le monde de la thérapie n'était pas aussi développé.
J'ai fait des "essais"... ai tâtonné souvent avant de trouver chaussure à mon pied! Le chemin n'a pas été linéaire, il a été semé de doutes, d'hésitations, de stagnations, ... de remises en question pas seulement sur moi mais aussi sur le bien fondé de mes démarches...
Aujourd'hui, je retrouve tous ces questionnements auprès des personnes que j'accompagne : combien de temps ai-je besoin est-ce que ce travail est fait pour moi, ...est-ce que ça marche... est-ce que je vais un jour sortir de cet état, ...pourquoi je n'avance pas / plus... pourquoi je vais bien en sortant de la séance voire quelques jours après et puis ça recommence... je ne vois pas toujours le sens de la séance... ça me serre à quoi de faire tout ce travail... Est-ce que je dois continuer, "mon problème" n'est pas encore réglé...
Moi aussi je n’ai pas toujours compris l’intérêt de chaque séance.
Parfois je sortais en me disant : “Je ne vois pas bien ce que ça change... Je sais déjà tout ça... et après comment je fais pour ne plus ressentir ce mal-être?
Certaines séances semblaient floues. D’autres inconfortables. D’autres encore presque banales.
Et pourtant…
Avec le recul, j’ai réalisé que chaque rencontre était comme une pièce du puzzle. Une pièce qui, prise isolément, ne disait pas grand-chose. Mais qui trouvait sa place petit à petit.
Le travail thérapeutique n’est pas toujours spectaculaire. Il ne transforme pas tout du jour au lendemain. Mais il remet de l’ordre, relie des éléments épars. Il permet de conscientiser. D’intégrer.
De comprendre autrement son histoire.
Et un jour, l’image devient plus claire. Tout n’est pas “réglé”. Mais c’est plus lisible. Plus cohérent. Plus apaisé.
La tentation d’arrêter en cours de route est fréquente. Parce qu’on ne voit pas encore l’image finale.
Parce qu’on voudrait que ce soit plus rapide. C'est tout à fait légitime. Mais ce travail nous apprends à apprécier chaque pas à sa juste valeur...
Interrompre trop tôt, c’est parfois quitter la table alors que le puzzle commence justement à prendre forme. La profondeur demande du temps. Et la patience fait partie du processus.
Si vous êtes dans cette phase de doute, cela ne signifie pas que le travail est inutile. Cela peut simplement vouloir dire que vous êtes en train d’assembler des pièces importantes.
Et la thérapie brève dans tout ça ?
La thérapie brève est précieuse. Dans certaines situations — notamment après un événement traumatique précis — quelques séances peuvent suffire à désamorcer une charge émotionnelle intense.
Mais lorsque les problématiques sont plus anciennes, plus enracinées dans l’histoire de vie, la thérapie brève peut parfois agir comme une première porte.
Elle apaise. Elle stabilise. Elle permet d’accéder en douceur à ce qui demande ensuite un travail plus profond.
Ce n’est pas l’un contre l’autre. C’est un chemin possible...
Parfois on vient pour “aller mieux rapidement”… Et l’on découvre que derrière le symptôme, il y a une histoire qui mérite d’être entendue.
La tentation d’arrêter quand on ne voit pas encore l’image complète est normale. Mais le fait de douter ne signifie pas que rien ne se passe. Dans l’invisible, les pièces continuent souvent de s’assembler. La profondeur prend du temps. Et ce temps n’est pas une perte. C’est une construction...

